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 music speaks when words can’t express your feelings (timothy).

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MessageSujet: music speaks when words can’t express your feelings (timothy).   Lun 1 Sep - 16:20

Le restaurant est vide. C’est calme. Si calme. Si reposant. Si apaisant. Il n’y a que cette mélodie que Timothy joue au piano qui rompt le silence et je n’ai pas envie de m’en plaindre. Non, je l’écoute. Attentive, je reste assise un peu à l’écart, comme si je craignais que ma présence ne l’arrête. Je n’ai pas envie qu’il mette un terme à cette magie qui me berce et qui m’emporte. Je n’ai pas envie que les notes s’arrêtent. Je n’ai pas envie que les couleurs que je distingue ne s’effacent dès que ses doigts ne joueront plus. C’est tellement beau. Je reconnais la beauté lorsque je la rencontre, je distingue la magie lorsque je la croise et je peux dire qu’il a de la magie dans les doigts. Toutes ces émotions me traversent et me submergent brusquement au gré de la musique. J’aimerai que ma vie soit aussi jolie que ce qu’il joue, mais je sais que c’est impossible alors je me contente de ce que j’entends. C’en est presque douloureux. Je pose mon bras contre le dossier de la chaise avant que mon front ne l’y rejoigne tandis que des larmes perlent aux coins de mes yeux. Ne surtout pas fondre en larmes. Pas maintenant.

Je m’imagine dans une vie plus tranquille. Plus simple. Loin des emmerdes et des cliniques psychiatriques. Loin de mon père. Loin de ma mère. Loin du fantôme de Niklas qui me hante encore et toujours. Mon cœur se serre douloureusement. Il me manque. Pourquoi me manque-t-il autant alors qu’il me faisait beaucoup trop de mal ? Pourquoi est-ce que je me sens autant responsable de son suicide ? Je ne parviens tellement plus à me comprendre que je me déteste pour toutes ces émotions qui me traversent encore ; comme si ma vie n’était pas déjà assez compliquée comme cela. Et s’ils n’avaient pas été là ? Et si ma vie avait été différente ? Où en serai-je aujourd’hui ? Je ne parviens même pas à m’en faire une vague idée. Et puis, refaire le monde avec des « si » ne mène jamais nulle part, si ce n’est à une plus profonde tristesse face à l’acharnement de l’existence.

Je sors de mes pensées. Je me sens nauséeuse. Je déteste ces moments où je suis plus que faible, ces moments où je deviens rêveuse alors que les rêves ne servent à rien, sinon à prendre conscience que la vie ne sera jamais aussi parfaite que dans les songes. La vie est ainsi. Elle n’offre rien. Si ce n’est parfois un peu de magie – je lui accorde au moins cela.

Il n’y a plus de musique. Je le remarque seulement maintenant. Je relève la tête et regarde vers le piano, il se trouve encore là. Je suis toujours surprise lorsque je le vois parce que je ne m’attendais pas à croiser un visage connu dans cette petite ville perdue. Certes, je ne connais pas Timothy. Je l’ai juste aperçu à une thérapie de groupe il y a quelques mois. Un être brisé de plus. Une âme en peine qui s’est enfermée loin de l’agitation des grandes villes. C’est du moins ce que je suppose.

Que fiche-t-il ici ? Je n’en sais absolument rien. On ne se parle pas. Il sait qui je suis. J’en suis persuadée. Je me souviens de la première fois où nos regards se sont croisés dans ce restaurant. Nous avons su au même instant. Mais nous n’avons rien dis. C’est trop personnel. C’est trop privé. Je n’avais pas envie qu’il soit mal à l’aise. Je n’avais pas envie de l’être. C’était comme un accord silencieux. Un accord qui cache les blessures et les souffrances.

Je me lève. Je reste lente dans mes gestes. J’ai l’impression que mes jambes ne sont plus que du coton. Je suis fatiguée. Épuisée de la journée de travail. Éreintée et bousillée par l’existence que je mène. Achevée par les nuits sans sommeil et celles durant lesquelles je fais des cauchemars. Tout m’épuise. Tout. J’avance encore un petit peu vers le piano. Je crains d’être une gêne. Je ne veux pas qu’il pense que je m’immisce dans sa petite bulle, dans son monde. On ne s’est jamais parlé et pourtant, ce soir, j’ai envie de lui dire quelques mots. Du moins, j’ai une petite demande à lui formuler.

« Dis, je commence, la voix un peu faible et peu assurée, tu accepterais de me jouer une mélodie ? Tu sais, celle que tu as jouée au début du service ? », je mords ma lèvre, nerveuse, je me dandine d’un pied sur l’autre tandis que je joue avec la manche de ma veste.
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MessageSujet: Re: music speaks when words can’t express your feelings (timothy).   Mar 9 Sep - 3:36

Timothy ne dormait plus. Ou seulement lorsqu’il était suffisamment exténué pour que ses paupières ne se ferment sans même qu’il puisse s’en rendre compte. Il n’osait plus mettre le nez dehors, ou bien uniquement lorsqu’il faisait suffisamment jour pour que les bruits de pas dans les ruelles voisines ne lui fasse pas aussitôt presser le sien par instinct. Le pianiste ne lisait pas spécialement la presse locale mais impossible néanmoins de manquer les rares rumeurs qui parvenaient jusqu’à son oreille quand il faisait ses courses dans l’épicerie du coin. Il ne pouvait pas non plus faire comme s’il n’avait pas vu les mots écrits à la peinture rouge sur la place publique de la petite ville suédoise. Timothy ne comprenait pas grand chose, pour ne pas dire qu’il n’y pigeait rien. Il avait peur, plus que jamais. Dès qu’il en avait l’occasion, il se réfugiait sous ses draps ou il tentait d’écrire à Noah pour se distraire et ne plus avoir à penser à toutes les choses négatives qui lui passaient par la tête. C’était tout de même étrange. Maintenant que la mort semblait se trouver juste sur son palier, il refusait de la laisser entrer, lui qui l’avait pourtant cherchée pendant des années. Lui qui avait souhaité l’accueillir à bras ouverts pour qu’elle l’emporte enfin, il lui claquait à présent la porte au nez. Par crainte. Parce que cette ville l’effrayait et qu’elle ne semblait plus aussi calme que lorsqu’il y avait posé ses valises, un an auparavant. Tant pis, il faudrait faire avec. Timothy savait pertinemment qu’il pouvait vivre avec le souffle coupé et les mains moites et tremblantes d’effroi, il l’avait toujours fait jusqu’à présent.

Il se déplaçait malgré tout jusqu’au travail parce qu’il savait que cela pouvait l'apaiser, que sa petite bulle de notes et de musique parviendrait à le bercer et à lui redonner confiance l’espace d’un court instant, juste le temps d’un morceau qu’il partagerait avec les quelques clients qui se trouveraient là. Parfois un air triste, d’autre soir un air plus gai. Ce jour-là, la mélancolie avait repris le dessus sans qu’il puisse véritablement l’expliquer. C’était ainsi. C’était un jour sans. Ses doigts valsaient dans les graves, s’y égarant volontairement avant de laisser d’autres notes plus légères s’envoler vers le ciel. Était-ce un hommage ? Au mort, à celui qui avait laissé trainer son dernier témoignage aux pieds de la statue de l’ange ? Sans doute. Peut-être qu’il n’était pas seulement destiné à cet inconnu. Peut-être qu’il s’adressait à tous ceux qui, comme lui, avaient tenté d’en finir, avaient essayé de mettre un point final à une phrase trop lourde de sens. Timothy aurait aimé avoir assez de force pour l’écrire lui aussi, pour mettre des mots sur sa propre douleur. L’exprimer. Mais il n’en connaissait aucun qui soit suffisamment fort, puissant ou bien encore suffisamment affreux. Alors ses doigts s’étaient chargés de le dire à sa place, de fines larmes s’égarant aux coins de ses yeux clairs, s’évaporant avec la musique, s’agrippant aux notes pour disparaitre avec elles, pour que bientôt, elles ne soient plus qu’un lointain souvenir. Que les touches emportent ses peines, qu’elles allègent sa conscience.

Timothy continua de jouer tout au long de la soirée sans se soucier du temps qui filait entre ses doigts, ne s’interrompant que très rarement pour reprendre son souffle quand l’émotion devenait bien trop palpable et qu’un frisson parcourait sa chair pour lui rappeler qu’il était bel en bien vivant. Malgré tous ses efforts, Tim respirait encore. Silence. Le musicien n’avait même pas remarqué que la salle était maintenant vide, ayant trop besoin de faire le tri dans son esprit, de s’évader pour mieux oublier que ses deux pieds étaient fermement ancrés sur terre. Il n’y avait plus que lui. Et Camilla, qui manqua de le faire sursauter lorsqu’il l’aperçut dans son champs de vision. Ses mains tremblaient encore, ses yeux rêvaient de l’instant où ils pourraient enfin se noyer, se laver de toute la peine qui rendait le monde trouble et gris. Timothy la regarda et en un instant, il sut. Il se souvint à nouveau. Il se rappela qu’il n’aurait jamais besoin de lui avouer, qu’elle était déjà au courant du plus grave. Pas dans les détails, mais au moins, elle connaissait la vérité. Les traits fins de la jeune femme le ramenèrent quelques mois en arrière, tandis que son regard le tourmentait encore davantage. Elle lui posa une question, timidement. Elle était comme lui au fond. Et c’était bien ça qui le tuait.

Timothy hocha la tête, frottant rapidement ses mains contre ses cuisses pour chauffer ses paumes et se donner du courage. Impossible de ne pas se souvenir du morceau qu’il avait choisi de jouer au début du service puisqu’il s’agissait de l’un de ses airs favoris. Il le reprit presque trop facilement pour que cela paraisse réel, pour qu'ils ne soient pas subitement expulsés hors du temps, hors de ce restaurant. Ils étaient ailleurs à présent. Ensemble. Lui et elle. Leur tristesse pour étendard, leur malheur et leur défaite pour seul hymne. Les notes rythmaient les pas qu’il ne parviendraient jamais à faire, immobiles, paralysés dans leur monde, comme des sculptures d’argile qui se retrouveraient pour constater les craquelures dans leurs jolies robes brunes, des failures que personne d’autre ne pourrait voir. Cette fois-ci, c’était un hommage. Un vrai. Pour Camilla. La félicitait-il d’être encore debout ou était-il en train de lui promettre qu’elle serait bientôt en paix pour l’éternité ? Elle seule pouvait en décider. Une fois libérées, les notes lui appartenaient. Elles lui revenaient de droit. Elles étaient maintenant à Camilla, et à elle seule.

La note finale retentit. La fin. Le début d’autre chose. Ils savaient pourtant tous deux que tout ce qui se terminait quelque part pouvait renaître ailleurs. Plus tard. Quand les plaies auraient cicatrisées et que les blessures auraient été pansées. Il croisa son regard. Il souhaitait lui parler à son tour. Mais ses lèvres semblaient trop faibles, le gout amer de l’émotion qui venait tout juste de le transpercer de part en part comme un poignard aiguisé engourdissait sa langue. Dans un murmure, il parvint enfin à s'exprimer, la voix tremblante. « Est-ce que ça va ? Je veux dire… Maintenant. Après tout le reste. » Timothy n’osait plus l'observer. Parce qu’elle savait exactement de quoi il parlait. Mais il n’y pouvait rien, elle était sa lueur d’espoir. Si elle s’en était sortie, si elle se tenait encore debout, alors il pouvait sans doute y arriver lui aussi, pas vrai ? Soupir. « Je pose sans doute trop de questions. Je peux jouer encore si tu préfères. » Il parlait, fait extrêmement rare. Mais avec elle, il n’avait pas besoin de se taire. Avec elle, il avait le droit de ne pas être silencieux. Tout simplement parce qu’elle connaissait la vérité, parce qu’elle l’avait affrontée elle aussi. Tout simplement parce qu’elle savait.

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MessageSujet: Re: music speaks when words can’t express your feelings (timothy).   Mer 10 Sep - 16:43

Je suis devant Timothy et j’ai l’impression d’être encore plus gauche qu’à l’habitude parce que je sais qu’il connaît mon secret. Il sait ce que j’ai fais, même s’il n’en connaît pas les raisons. Tout comme je sais ce qu’il a fait, même si là encore, je n’en connais pas les raisons. On savait l’essentiel de l’autre : on avait envie de mettre un terme à nos existences, mais aucun de nous n’a réussi à le faire. Nous sommes encore là, tous les deux, ensemble, comme si la vie avait voulu qu’on se réunisse, qu’on soit en présence de l’autre. Pour quelles raisons ? Je n’en sais rien. J’en ai pas la moindre idée, mais c’est ainsi que je prends les événements.
En venant ici, il y a quelques mois, je ne m’attendais pas à être en présence d’un visage connu. J’avais pris la fuite dans le seul et unique but d’être loin de toutes les personnes qui pouvaient me connaître et qui pouvaient être au courant de mon histoire, de ma vie. Je ne voulais pas lire de la pitié dans les yeux de ces gens. Je ne voulais pas qu’ils murmurent sur mon passage. Qu’ils me regardent comme si je n’étais qu’une vulgaire bête de foire. Je n’avais pas envie de tout cela. J’avais envie qu’on me fiche la paix. Qu’on m’oublie. Et j’avais aussi envie de m’oublier.
Sauf que le destin, fourbe et joueur, place toujours ses pions là où il le faut. Il gagne de manière systématique.
Tim est la pièce qui s’est mise sur ma route. Mais ce n’est pas une pièce dérangeante, ce n’est pas une gêne, bien au contraire, j’ai parfois l’impression que c’est une sorte de point d’ancrage. Lorsque je fais le service et que je sens parfois que je perds les pédales, mon regard glisse vers lui, perdu dans sa bulle musicale si magique, si parfaite, et je me surprends à me perdre également. Et sa musique m’atteint directement en plein cœur. Sauf que cela n’a rien de douloureux. Ce n’est pas comme une flèche qui transperce mon organe vital et qui saigne ensuite. Non, c’est une sensation bien plus agréable. C’est un sentiment qui me réchauffe le cœur, qui me fait sourire et qui m’emporte l’espace de quelques minutes dans un paradis insoupçonné jusqu’alors.

C’est pour cette raison que je lui fais cette requête. J’ai envie qu’il joue encore. Je ne souhaite pas que ce moment cesse, que la magie s’évapore jusqu’à disparaître complètement. J’ai presque envie d’être suppliante afin qu’il accède à ma demande, mais il hoche la tête et je suis soulagée. Un petit sourire étire doucement mes lèvres tandis que je le regarde.
Je ne le dévisage pas comme pourraient le faire d’autres personnes. J’ai simplement envie qu’on soit lié durant ce moment. Qu’on ressente les mêmes émotions, que l’on partage enfin autre chose que ces souvenirs lors de cette fameuse thérapie où nous n’avons pas dis un seul mot. J’ai besoin de me construire de nouvelles images à mettre dans une boite. Des images qui sortiront lorsque j’en aurai besoin parce qu’elles remplaceront les mauvaises, celles qui font trop de mal, celles qui blessent, celles qui tuent un peu plus tous les jours.
Les premières notes sont jouées. Je ferme les yeux. Je tente de faire en sorte que mon cerveau retienne chaque note, chaque passage. Je pourrais être là durant des heures que cela ne me dérangerait pas. Il joue tellement bien. Il me transporte ailleurs. Dans un monde qui me donne envie de sourire. Dans un monde qui me donne envie d’être heureuse et de faire des efforts. Dans un monde où les angoisses n’existent pas, là où tout le monde est gentil et profondément bon. C’est ça qui est magique dans la musique. Elle arrive à nous faire croire que tout peut être extraordinaire, même lorsque tout fout le camp dans votre vie.

Mais le problème avec la musique, c’est qu’à un moment, elle s’arrête. C’est le moment que je redoute le plus parce qu’on retombe dans le vrai monde, celui qui fait mal, celui dans lequel on souffre, celui dans lequel on ne souhaite plus être. Mais c’est un instant inévitable. Je peux entendre la fin qui sonne dans ma tête, comme un compte à rebours.
La musique se termine. Le silence se fait de nouveau. Je rouvre les yeux ; quelques larmes perlent aux coins de ces derniers, mais elles ne coulent pas. Je n’ai pas envie qu’elles coulent d’ailleurs. Je n’ai pas envie de fondre en larmes. Ce n’est pas le moment.
À la place, je m’avance de quelques pas. Je m’assure à chaque mouvement qu’il n’est pas réticent à ma présence. Je ne souhaite pas qu’il se sente mal parce que je serai là, à seulement quelques mètres de lui. Je sais que moi, parfois, je n’ai pas envie qu’on m’approche – que ce soit un homme ou une femme. Alors je fais attention. Je me donne l’impression de marcher sur des œufs tant je suis prudente.
Mais je m’arrête net.

Sa question me surprend et me laisse sans voix. Je ne m’attendais pas à cela. On me demande souvent si je vais bien, mais je sais que là, dans la bouche de Tim, la question n’est pas la même. Il ne me demande pas si je vais bien aujourd’hui, il me demande si je vais bien depuis ça. Je déglutis. Mes mains tremblent sans que je puisse y faire quoique ce soit.
J’avance encore un petit peu jusqu’à être à côté de lui. Je désigne le banc sur lequel il est assit et d’un signe, je lui demande si je peux me joindre à lui. Être à côté et non pas en face est plus évident pour moi d’avoir une discussion. Au moins, je ne croise pas le regard de la personne à qui je parle et je me sens un peu plus à l’aise. Surtout lorsqu’on aborde ce sujet si délicat.
Une fois l’accord obtenu, je m’installe lentement, sans avoir l’air d’être soulagée d’être assise. Tout m’épuise que je redoute parfois de perdre le contrôle de mon corps. Je ne souhaite pas m’écrouler devant quelqu’un. Ce serait encore pire que le reste.

« Je veux bien que tu joues encore. »
Parce que la musique atténuera ce que je vais lui dire. Que rien ne change. Que rien n’est différent. Que non, je ne vais pas mieux, que rien n’est merveilleux à présent et que si je ne prenais pas sur moi, je ne serai déjà plus là, à l’heure actuelle. « Je voudrais tellement te dire que tout va bien, maintenant… Je le souhaite vraiment, tu sais ? » Non, il ne le sait peut-être pas, mais je lui dis. J’aimerai lui mettre un peu d’espoir dans le creux de son cœur, mais je crains de ne pas être en mesure de le faire. Je ne suis pas d’une très grande aide, hélas. « Mais à toi, je ne peux pas dire des mensonges… Je ne peux pas te faire croire que ça va mieux après tout ce temps. » Aux autres, je mens facilement. Du moins, aux personnes qui ne me connaissent pas et qui ne passent pas au travers de ma carapace. Les autres, et bien, ils devinent. « C’est toujours pareil… C’est toujours la même douleur qui reste logée dans la poitrine et qui est trop lourde pour qu’on la supporte… Ce sont toujours les mêmes angoisses, envahissantes, terrifiantes, qui ne disparaissent jamais, même quand on le souhaite très fort… » Et c’est toujours la même envie qui ronge : celle de disparaître sans pouvoir le faire.
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MessageSujet: Re: music speaks when words can’t express your feelings (timothy).   Mar 7 Oct - 20:03

Est-ce que Tim se souvenait encore de la première où il avait essayé de s’ôter la vie une bonne fois pour toute ? Pas vraiment. Avec le temps, les images étaient devenues trop floues, comme une belle peinture que la pluie aurait trempé, tant et si bien que le dessin d’origine aurait finit par disparaitre derrière les coulures multicolores. Timothy avait pleuré pendant des heures durant, les souvenirs de ces nuits interminables où tous les moyens semblaient bons pour en finir se mélangeant les uns aux autres pour ne plus former qu’une seule bouillie infâme dans laquelle il s’engourdissait fréquemment. Les perles sur ses joues avaient sans doute fini par délaver le rose de ses pommettes, autrefois si vif et pimpant tels deux soleils embrasés qui venaient illuminer son visage aux traits fins. Le pianiste n’était plus l’ombre de lui-même mais plutôt une esquisse, un croquis vieilli, presque jauni par les minutes qui continuaient de s’écouler sans qu’il ne puisse rien faire. Existait-il une façon plus efficace qu’une autre d’atteindre son objectif ? Le jeune homme avait suffisamment essayé pour savoir qu’au final, ce n’était peut-être pas tout à fait à lui d’en décider. Alors il était arrivé à Dödskalle, parce qu’il avait entendu dire que la mort semblait bien plus clémente dans la petite ville suédoise.

Timothy aurait sans doute du s’excuser de poser une question aussi intime à une collègue de travail qu’il croisait quasi-quotidiennement mais à qui il n’avait jamais pris la peine d’adresser la parole auparavant. C’était certainement déplacé. Même si Tim restait muet la plupart du temps, il avait fini par comprendre qu’il n’était pas le seul à passer certaines vérités sous silence. Et quand il s’agissait d’évoquer franchement le malheur qui rongeait toutes les carcasses encore chaudes et vivantes des âmes qui peuplaient cette planète, alors le musicien n’était finalement pas le plus silencieux. Personne ne se confiait, l’humanité entière refusait de s’ouvrir au reste du monde. Pourquoi ? Parce que la tristesse avait la particularité de déranger. Qu’elle se trouve aux coins des yeux d’un ami, d’un frère, d’un voisin ou bien encore d’une connaissance, elle était gênante et vue d’un mauvais oeil. La douleur ne devait être partagée, encore moins lorsqu’il faisait encore jour et que l’ensemble de la population pouvait en être témoin. Non, la mélancolie n’était pas un sentiment qu’on avait le droit d’évoquer publiquement. Il fallait la garder pour soi, l’enterrer dans les méandres de ses tripes, la sentir gronder et tout pulvériser sur son passage. Et quand la nuit venait enfin, elle ne laissait plus d’issue, comme si finalement tous les volets et les portes semblaient subitement clos, comme si la terre avait elle aussi décidé de s’isoler des astres, plongeant ses habitants dans le noir insoutenable des ténèbres.

Mais avec Camilla, il s’était dit que c’était différent. Le pianiste pouvait faire tomber le masque et partager sa peine, parce qu’il savait qu’elle la connaissait, qu’elle la vivait. La jeune femme n’avait pas besoin de faire d’effort pour tenter de supporter ses propos dénués de toute gaieté ou d’optimisme, parce qu’elle partageait peut-être la même vision des choses sur certaines aspects de la vie. Alors Tim n’avait plus besoin de se taire. C’était aussi simple que cela. Quand il savait l’oreille attentive et habituée à des récits qui n’avaient rien de féériques, sa voix se laissait entendre l’espace d’une fraction de seconde pour poser une simple question. Après tout et au-delà du fait qu’il s’inquiétait pour Camilla, il avait également besoin de se rassurer, d’être sûr qu’il pouvait finir par s’en sortir lui aussi. Si elle lui faisait part de bonnes nouvelles alors peut-être pourrait-il encore garder espoir et se dire qu’il existait bien une issue moins cruelle que celle qu’il essayait d’atteindre ? Camilla pointa le banc sur lequel le musicien aux boucles blondes était toujours assis, ce dernier répondant à sa question inaudible par un bref signe de tête. Elle s’installa sans attendre davantage, prenant finalement la parole pour lui demander de laisser courir ses doigts une nouvelle fois sur les touches noires et blanches piano. Timothy hocha la tête, un maigre sourire déformant ses lèvres, s’exécutant aussitôt, improvisant au fur et à mesure, inventant une mélodie qui n’existerait bientôt plus que dans leur souvenir. Un deuxième souvenir qu’ils auraient en commun.

Il l’écoutait attentivement malgré les notes qui raisonnaient entre eux comme de fines gouttes qui tomberaient doucement sur le carrelage de la salle de restaurant, qui ruisselleraient sur les fenêtres et les murs autour d’eux. Ou peut-être étaient-ce des larmes, leurs larmes, celles qu’ils s’étaient retenus de verser ou bien celles qu’ils n’avaient plus le courage de libérer. Peu importait dans le fond. Tout ceci était à eux. Cela leur appartenait. C’était leur monde, leur univers, teinté d’une certaine noirceur qu’ils ne parvenaient pas à abandonner. Sans doute parce qu’ils avaient appris à vivre avec à présent, à faire comme si elle n’existait pas ou qu’elle ne faisait pas partie d’eux. Timothy pouvait la sentir néanmoins, même si auprès de Camilla, elle semblait moins étouffante, moins lourde à porter. Certainement parce qu’ils la supportaient à deux, qu’ils étaient plus forts lorsqu’ils s’exilaient dans leur coin de l’univers.

Avaient-il des conseils à donner à sa collègue ? Non. Tout simplement parce qu’il n’aurait pas été capable de les suivre lui aussi. Alors à quoi bon ? Et puis pourquoi perdre son temps à lui dire qu’il en était de même pour lui, qu'il se trouvait toujours dans le même état ? Camilla l’avait sans doute compris de toute façon. Il s’éclaircit doucement la gorge, ses doigts ne s’arrêtant pas pour autant de gambader sur le clavier devant lui. Cela le rassurait de continuer à jouer de la sorte, un peu comme si c’était ça qui les maintenait en vie au final… « C’est pour ça que tu es venue ici ? » Songeant que sa question pouvait paraitre pour le moins étrange, il reprit. « Je veux dire, il y a pas mal de rumeurs qui courent sur la ville… Des histoires assez macabres. Enfin, je ne veux pas t’inquiéter… De toute façon ils en parlent déjà assez dans les journaux. » Après tout, il aurait fallut que Camilla reste enfermée chez elle pendant plusieurs jours pour manquer toutes ces histoires. « En ce qui me concerne en tout cas, je ne sais pas franchement si j'ai plus envie de rester ici ou de partir… » Évidemment, c’était une métaphore, et le voyage qu’espérait faire Timothy au cours de ses prochaines vacances semblait bien trop définitif pour qu'il puisse l'évoquer trop clairement.

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